Images aléatoires

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S'il est bien une plante qui évoque la magie, les sorcières et les légendes médiévales, c'est évidemment la Mandragore (Mandragora officinarum). Si sa grosse racine pivotante a parfois tendance à se ramifier pour lui donner un aspect anthropomorphe, ce sont surtout les alcaloïdes qu'elle contient qui lui ont valu sa sulfureuse réputation.
Je ne m'épandrai pas trop ici sur ses vertus réelles ou imaginaires afin de ne pas tenter les internautes curieux d'expériences psychédéliques ou amoureuses pouvant leur coûter la vie. Car oui, comme la plupart des solanacées dont elle fait partie, elle est très toxique.
Shakespeare, qui connaissait aussi ses propriétés somnifères faisait d'ailleurs dire à sa Cléopâtre: "Give me to drink mandragora, that I might sleep out this great gap of time my Anthony is away".

Quoi qu'il en soit, j'ai décidé d'en commencer une production qui, du fait de la rareté des graines, des pieds mères disponibles dans des jardins (pas question d'aller en voler dans la nature), et de la détermination de cette plante à forcer celui qui la veut à faire preuve de patience, s'est avérée délicate.

Après avoir préparé mes semis d'une façon que je garderai secrète -mais très naturelle- à la fin de l'été précédent, j'ai enfin pu découvrir après de longs mois d'attente les premières pousses de la belle récalcitrante au début du mois de mars dans la serre froide.

Mandragores pousses 09 03 2010 2

Cris de joie, "hourras" tonitruants, alleluïas, ont fait savoir à mon entourage la satisfaction de voir apparaître les premiers rejetons.

Vint ensuite la délicate phase de prélèvement des plantules, juste équipées de deux cotylédons ou protofeuilles et d'une déjà longue racine, à laquelle il convint de fournir un long pot d'un litre en guise d'écrin.

Mandragore jeunes plantsMandragore jeunes plants 2

Me restait encore à attendre un à deux ans pour que chacun des jeunes plants, chouchoutés à mi-ombre et à l'abri des courants d'air, dans un substrat frais mais non gorgé d'eau (oui, la mandragore est, je le rappelle, capricieuse), devienne aussi beau que les deux pieds-mères que je conserve désormais jalousement.

  Mandragore 4
Donc, tout de même, un petit rappel quant à la culture de cette plante dans les jardins, à destination des téméraires qui, dans quelques mois, ne tarderont pas à se précipiter pour acquérir à la pépinière leurs plantes magiques:
exposition mi-ombragée à ombragée, abritée des courants d'air, sol profond -les racines atteignent 60 à 80 cm- frais mais pas trop humide, les origines méditerranéennes de la plante lui permettent de supporter des courtes périodes de sécheresse en été; légèrement frileuse, elle peut être plantée presque partout en France, pourvu que l'on respecte les conseils précédents (essayée et approuvée dans l'Yonne, avec des hivers à -12°C en moyenne). Pour s'assurer de sa pérennité, je conseillerais de la laisser porter quelques fruits jusqu'à leur maturité complète, afin de permettre un éventuel semis spontané pour prendre le relais d'un pied qui devrait assumer seul la survie de l'espèce au jardin.

Mandragore fruit

 

Les fruits, sortes de petites tomates allongées allant du vert au brun, sont parfois réputés comestible. Etant donnée la nature de la plante et les alcaloïdes qu'elle contient, il y a fort à parier que certaines personnes pourraient éprouver quelques problèmes en les consommant. Pour autant, chez la tomate seul le fruit est comestible, lorsqu'il est bien mûr, et toutes les parties vertes d'une pomme de terre peuvent lourdement porter atteinte à la santé d'un consommateur étourdi.

Les sujets disponibles à la vente n'étant pas nombreux, ils sont proposés sporadiquement sur le site de vente en ligne .

Enfin!
Cet hiver aura été long, et il nous tardait de revoir un peu de verdure dans la pépinière. Ormis les fougères et quelques persistantes valeureuses, cela faisait environ 5 mois que seuls des chaumes dépassaient des pots.
C'est l'occasion de confirmer la rusticité des plantes, et éventuellement de vérifier si certaines d'entre elles nécessitent une protection particulière.

Ainsi, chaque hiver, j'expérimente, je bouscule, je teste les pires conditions pour les unes et les autres, et cela me permet de m'assurer in situ des opportunités de culture envisageables pour chacune, au-delà de ce que la connaissance théorique peut fournir.

On me demande souvent quelle est la résistance au froid des nympheas. Je répondrai d'abord par une photo:
Glace-sur-nympheae.JPG


Ce sont en moyenne 30 cm de glace qui viennent recouvrir les bassins de production entre décembre et février chaque année, gagnant parfois jusqu'à la souche des végétaux. Je n'ai jusqu'à aujourd'hui aucune perte due au froid à déplorer. Seul Nymphea 'Pennsylvania' (bleu) bénéficie d'un traitement de faveur en étant conservé en serre froide (de petites gelées tous les hivers, mais rarement sous -4°C) bien qu'ayant fait ses preuves dans le bassin de démonstration à -40 cm de profondeur sans aucune protection depuis plusieurs années.

Les plantes aquatiques proposées ici -à la pépinière E. Lenoir, dans l'Yonne, pour ceux qui n'auraient pas suivi- sont adaptées à la région, au sens large. Dans leur immense majorité, elles subissent sans encombre les assauts du froid, du vent, et même pour certaines des phases de sécheresse estivale momentannées, comme ce serait le cas dans leur milieu naturel, par le jeu des crues et décrues. En d'autres termes, elles sont EPROUVEES!
Joncs dans la glace
Nombre de possesseurs de bassins, et autres mares, s'interrogent avant les premiers froids, et cela est parfaitement compréhensible, mais ils n'ont pas à s'inquiéter: au même titre que les mauvaises herbes, les végétaux qu'ils vont installer chez eux sont adaptées au climat, et peuvent souvent être pris dans la glace sans aucun souci, même durant plusieurs semaines. La culture en pots et godets est la plus difficile qui soit pour une plante: écarts brutaux de température, d'humidité, racines en contact avec l'extérieur, en prise aux vents désséchants, glaciaux, au réchauffement, au gel... en bref, l'enfer pour un végétal. Alors autant dire que si elles survivent ici, avec comme seule protection un voile hivernal évitant surtout au vent du Nord d'achever la dessication de celles qui démarrent le plus tôt dans la saison, les plantes accepteront aisément l'hiver dans la plupart des régions de France.

Stipa dans la neige
Il est important cependant de noter, je pense, qu'il ne faut négliger aucun détail de ce que la nature a prévu. A savoir, par exemple, la protection naturelle. Je m'explique... Si de nombreuses plantes hivernent sous forme de chaumes, ce n'est pas uniquement pour meubler l'espace visuel, mais c'est aussi et surtout parce qu'en recouvrant leur souche, ces chaumes la protégeront du vent (le vrai ennemi hivernal, en fait) et des changements de température, car la succession de gel et de dégel peut être nuisible, les jeunes pousses restant les plus sensibles et le redémarrage demandant beaucoup d'énergie.  Ces mêmes chaumes, lorsqu'ils concernent les plantes aquatiques, offrent en plus un bien précieux: une bouffée d'air entre l'eau liquide du bassin et l'extérieur, ainsi qu'une limitation de la pression de la glace sur la structure du bassin, deux cadeaux très appréciables tant pour la survie de la vie aquatique que pour la pérennité de l'aménagement réalisé.


Le statut des plantes immergées est encore simplifié: les plus fragiles d'entre elles devront juste être immergées sous 40 à 50 cm afin de ne pas être prises dans la glace. C'est le cas des Lotus (Nelumbo sp.), des Thalia, Pontederia et Papyrus ( Cyperus rotundus). Pour les autres, pas d'inquiétude! Même les Orontium (la "plante à bougies), à l'allure très exotique, ou les Aponogeton (la vanille d'eau) s'en sortent très bien:

orontium-aquaticum.jpgGlace-sur-Orontium.JPGL'Orontium, gelé plus d'un mois d'affilée cet hiver, et qui redémarre déjà alors que la glace vient à peine de le libérer...

aponogeton dystachios.jpg

Glace-sur-Aponogeton.JPG
... tandis que l'élégant Aponogeton attendra 10 jours sans banquise pour proposer ses nouvelles fleurs.

Donc, s'il n'y a qu'un seul mot d'ordre pour l'hivernage des plantes aquatiques, c'est:


 "pas d'inquiétude, la nature fait très bien les choses"!



Voir aussi ce précédent billet ICI

 

 

 

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