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LAGUNAGE

 
 
Amenagements 0967
Sur cette propriété, nous avons dû intervenir dans le cadre de la rénovation d'un grand bassin d'aspect naturel -on le qualifiera ici de mare même s'il est étanchéifié par une bâche à bassins- et du système de lagunage qui était supposé le filtrer.
 
 Lagunage mal fait à rénover
 
Véritable cas d'école, il peut servir d'exemple quant aux choses à ne pas faire en matière de lagunage, et aux pratiques peu scrupuleuses de certains professionnels, qui nuisent à notre image.
 
Bien que le concept fut bon, théoriquement bien proportionné sur le papier, et l'équipement technique (pompes, filtre UV, etc...) de qualité, la réalisation n'avait, et de loin, pas été à la hauteur.
Ainsi, l'étanchéité du lagunage n'était plus assurée depuis fort longtemps, sa bâche n'ayant non seulement pas été ancrée correctement dans le sol, ayant été coupée trop court, ou plutôt choisie trop courte, celle-ci ayant été "raboutée" par ses installateurs qui avaient collé différents morceaux de différentes qualités (EPDM, bâche PVC...) pour limiter les débordements. Pour maintenir le niveau au-dessus du sol, quelques parpaings soutenaient ladite bâche de ci, de là et empêchaient plus ou moins qu'elle ne s'effondre sous le poids de la pouzzolane chargée de plantes filtrantes.La diversité des plantes s'en trouva affectée, et ce qui avait été une jolie lagune variée ne se cantonnait plus qu'aux deux espèces les plus résistantes à la sécheresse, à savoir le roseau commun dans la partie la plus humide (parce que plus creuse !!!), et la salicaire pour le reste.
 Lagunage raté à rénover Lagune à rénover
 
 
C'est notamment pour ces raisons que ce filtre planté n'était plus opérationnel, la mare perdant plusieurs dizaines de centimètres d'eau par jour si on cherchait à l'employer.
 
Lagune à rénover
 
Malheureusement pour notre client, les malfaçons étaient telles que la seule solution consistait à démonter ce lagunage, et à le reconstruire intégralement, en concervant cependant toute la partie technique qui, elle, fonctionnait encore au sein d'un local technique conséquent et bien conçu.
 
Berge à rénover
Amenagements-0743.JPG
 Les bambous ayant franchi leur barrière anti-rhizomes ont perforé la bâche à plusieurs endroits   
Mare à rénover
Les berges appauvries
 
La pouzzolane ôtée ne pouvant être réemployée pour le nouveau bassin filtrant, nous décidâmes de l'utiliser dans la mare, car celle-ci présentait aussi un certain nombre de soucis intrinsèques, notamment une attaque de rhizomes de bambous et un déssèchement de la végétation rivulaire du fait d'un défaut de conception et de fuites éparses (les bambous en assumant une part non négligeable). Des enrochements ponctuels et des plantations rendraient son naturel à cette mare initialement bien pensée d'un point de vue esthétique.
 
 
Bien nous prit de raisonner ainsi...
Au démontage du lagunage existant, nous pûmes constater que, contrairement à ce que les plans du prestataire intial stipulaient, celui-ci était d'une profondeur bien trop faible, et les drains amenant l'eau du bassin par en-dessous étaient pour beaucoup obstrués par les racines de roseaux. Pire! Certains drains avaient été écrasés lors du remplissage, et des réparations grotesques avaient été effectuées dans l'espoir de n'être jamais découvertes. On a, par exemple, pu voir une bouteille d'eau en plastique servir de tampon pour un tronçon de  tuyau de drain trop court!
Tel qu'il avait été conçu, ce lagunage n'avait aucune chance de durer, et il était réellement miraculeux qu'il ait fonctionné 5 ans...
 
Démolition lagunage mal fait
 Mise au jour des drains existants
 
 
 
Drain rompu dans un lagunage
 Drain apparemment écrasé au remplissage lors de l'installation initiale
 
 
 
Drain colmaté
Drain colmaté par des racines de roseau (Phragmites australis) 
 
 
Pour pallier à cet imprévu très désagréable (le bassin de filtration devait être recreusé de deux fois sa hauteur pour que les drains soient préservés des racines!) nous choisîmes de conserver le même volume, mais sur une profondeur adaptée. Les doigts de fée d'un excellent terrassier permirent de gérer les importantes quantités de terre à déplacer sans que cela n'ait trop d'impact sur les aménagements existants -la tuyauterie d'arrivée d'eau en faisant partie.
 
 
Creusement nouveau lagunage
 
Ceci impliquait quelques modifications par rapport à nos plans, et nous pêchâmes par excès de modestie en n'osant pas monter nos bordures trop haut, de peur que la rivière qui sert à faire retourner l'eau dans le bassin nous réservât elle aussi quelque surprise quant à son étanchéité*. Ceci s'avéra un mauvais choix stratégique qui se régla finalement au printemps par un réajustement de la hauteur des bords du lagunage et un petit curage de la rivière qui put à terme faire preuve d'un débit suffisant.
Le surplus de bâche que nous avions laissé comme une marge de sécurité dans cette éventualité nous fut donc précieux.
 
 
Mise en place araignée rev
 
 
Pouzzo lagunage comp
 Mise en place de "l'araignée" de tuyaux de drainage et de la pouzzolane.La granulométrie de la couche la plus élevée sera plus fine.
 
Réfection entrée rivière
 Raccord entre la rivière et le lagunage
 
 Reprise de la bâche
 Reprise de la bâche pour réhausser le niveau, au printemps
(*Nous ne voulions pas refaire cette petite rivière à la fois par souci d'économie pour le client, mais aussi parce qu'elle était agréable, dessinée avec goût, qu'elle avait le mérite d'exister et qu'elle était apparemment exempte de fuite sur au moins 15 cm de profondeur)
   
 
En parallèle de notre intervention sur la "lagune maudite", nous reconstituâmes des berges correctes pour le bassin. Ceci impliqua, entre autres, que l'on construise (nous ne nous en sommes pas chargés) un muret plus stable que ne l'était la barrière anti-rhizomes supposée retenir les bambous, que l'on remodèle certains contours et que l'on crée des reliefs internes.
 
 
Rénovation berge bambous
 Déplacement des bambous surnuméraires et élimination des rhizomes dangereux
 
 
Rénovation berge parpaings
 
 
Rénovation berges et pouzz 
Travaux de modification des berges
 
 
   
Par ailleurs, un nouveau plan de plantation fut décidé, qui tenait compte des diverses modifications et de l'adaptation des essences aux goûts du propriétaire et conditions de culture.
 
plan mare couleur comp
 
 
Ah, si, j'oubliais...
 
Pour diverses raisons, toutes très valables, nous ne pûmes travailler en assec et donc vider la mare. Dans ces conditions, la moindre intervention sur la bâche devient compliquée, et un travail en-dessous constitue un effort collossal, même pour aménager une petite excavation d'un mètre carré à la manière d'un mineur de fond du XVème siècle. Un litre d'eau, c'est 1 kg de masse verticale; imaginez la poussée d'une mare sur chaque centimètre carré de bâche tendue sur toute sa surface, lorsque l'on creuse dessous...
 
Modifications berges
 
 
Pour nous reposer, nous plaçâmes alors, encore, quelques roches à la main.
 
Roches et pouzzolane
 
Quand nous êumes achevé de mettre en place nos différentes structures, l'hiver particulièrement mordant cet année-là vint emprisonner tout l'aménagement dans 50 cm de glace pendant quatre semaines polaires. Et mettre nos nerfs à l'épreuve, certaines plantations ayant été effectuées en toute fin d'automne, au mois de décembre.
 
Mare nue et gelée
 
 
Ponton gelé
 
Le fait de produire les plantes "à la dure" nous a assuré des pertes très limitées sur l'ensemble, qui ne se sont que très peu ressenties au printemps, d'autant que nous avons remplacé la plupart des végétaux qui n'avaient pas survécu dès les premiers beaux jours.
 
Nous plantâmes dès mars les plantes pour le lagunage, afin qu'elles s'implantent au plus vite et que le dispositif filtre à nouveau ce plan d'eau qui en avait besoin.
 
Plantation lagune
 
   
 
Au bout du compte, le résultat fut à la mesure de nos attentes et, comble de bonheur, de notre client! L'été qui a suivi les travaux, l'eau commençait à (re)devenir limpide, permettant d'apprécier à nouveau les carpes koï multicolores évoluant en bancs dans la mare.
 
 
Mare rénovée
La mare lors de l'été qui a suivi les travaux
 
 Lagunage refait 08 2012
 
Le lagunage 6 mois après sa plantation 
 
 Eau éclaircie par le lagunage
L'eau s'éclaircissant progressivement en sortie de lagunage 
 
 Koïs    Kois
 
 Koï
  Le ballet des carpes koïs, que l'on ne voyait presque plus 
 
 
Petite série de "avant-après"
 
 
 
Berge à rénoverAvant
    Berges refaitesAprès 

  La berge massacrée par les bambous

 

Jeunes berges gelées Avant

Berge refaiteAprès

 

 

 

 

 

 Pousses en jardinières Avant

Pousses en jardinières 6 mois Après   Jardinières aquatiques

   Nos jardinières en géotextile, et leur évolution en 6 mois

 

 

 Sortie de lagunage agonisante Avant

 Lagunage 08 12 trop plein Après

  L'entrée de la rivière et la sortie du lagunage 

 

 

 Pousses en berge rénovée Avant

 Pousses en berge 1 anAprès

  La presqu'île de la tortue

 

 

Amenagements-0003.JPG Avant

 Amenagements-0959.JPG Après (de plus près) 

L'arrivée de l'eau en provenance du lagunage

 

 

 

Etangs-0364.JPG

 Et l'ensemble a conservé assez de son naturel pour qu'un couple de colverts décident d'y élire domicile au printemps, et que madame y ponde! 

 

 


Il est difficile de lutter contre la nature. Ainsi, il apparaît extrêmement délicat de se battre contre l'envasement d'un point d'eau sans filtration. Ce problème, qui concerne surtout les mares et les étangs, se retrouve parfois à moindre échelle dans de petits bassins.

 

 

Conseils-d-entretien-0345.JPG

Mare envasée; les massettes (Typha latifolia) en recouvrent la quasi-totalité et aggravent le syndrome d'atterrisement. L'eau n'est plus visible plusieurs semaines par an au moins, et l'épaisseur de la vase est telle qu'elle représente un danger pour la collectivité. Lors de la prise de mesure sur ce site, le terrassier s'est enfoncé dans les sédiments jusqu'à la taille; inutile de dire ce qui se serait produit s'il s'était agi d'un jeune enfant.

Conseils-d-entretien-0375.JPG 

 

 

 

Les sources de cet envasement sont multiples:

-décomposition des plantes (plantes aquatiques, mais aussi végétaux environnants-feuilles des arbres, etc.)
-effluents organiques intrinsèques (déjections des poissons et des oiseaux, principalement)
-turbidité de l'eau liée au ruissellement naturel, apport de particules minérales lié à l'érosion
-pollution organique en amont (élevage, eaux usées, etc...)
Il est aggravé par un déséquilibre biologique causé par exemple par une surpopulation de poissons, une eutrophisation chimique et l'absence de zones humides sur le pourtour.



Il n'y a pas de solution miracle, même si des produits (généralement des activateurs biologiques ou des bactéries) existent bien pour "dissoudre" la vase; mais la disparition définitive est inenvisageable.
La ligne directrice de l'intervention à mener doit être la durabilité. Traiter les problèmes avant qu'ils ne prennent des proportions ingérables, agir préventivement plutôt que curativement. La majeure partie de la vase peut être limitée par une bonne activité microbienne, accentuée par une oxygénation correcte de l'eau.

* le curage

Il consiste au raclage à la main ou à l'aide d'un engin (pelleteuse, bulldozer) du fond de la pièce d'eau. Son coût n'est pas négligeable, et les contraintes importantes. Il est par exemple nécessaire de travailler en assec, à moins d'utiliser une dragueuse comme cela se fait dans de grands étangs piscicoles. L'opérateur veillera à ne pas endomager la couche imperméable constituant le fond, le plus souvent de l'argile, car si elle atteint parfois plusieurs mètres d'épaisseur, il est fréquent qu'elle ne dépasse pas 2 ou 3 cm.
 Les conséquences écologiques sont évidentes, car l'équilibre est quasi instantanément détruit en même temps que le milieu. Il faut généralement plusieurs années pour réimplanter les différentes espèces et la flore bactérienne indispensable à la dégradation des boues. Cette solution ne doit être envisagée qu'en dernier recours.

L'évacuation des sédiments pouvant être soumise à la loi cadre sur l'eau, il est conseillé de prendre contact avec l'ONEMA (office national de l'eau et des milieux aquatiques http://www.onema.fr/ ) avant d'entreprendre ce genre de travaux, dès qu'ils dépassent le mètre-cube.


*L'utilisation de plantes immergées

Le Ceratophyllum, les Potamots, l'élodée du Canada sont des plantes appréciant les milieux très riches en nutriment, en s'y nourrissant elles limiteront le volume de la vase et offriront un support très intéressant pour l'aquafaune ainsi qu'un fourrage pour les poissons herbivores et oiseaux d'eau. Moins intéressantes comme fourrage, les Nympheae et les Nénuphars (Nuphar  lutea) ont des qualités ornementales indéniables, et cette capacité particulière à acheminer de l'air sous pression dans leurs racines, contribuant à l'indispensable oxuygénation de l'eau. On les emploie pour les zones dont la profondeur se situe entre 0.40 et 2m. De développement rapide, il n'est pas nécessaire d'en implanter de grandes quantités, d'autant plus qu'elles peuvent, en  l'absence de prédation, devenir envahissantes.
Une mention spéciale au lotus (Nelumbo nucifera et N. lutea, pour les régions les plus froides de France ou de Belgique) à l'insatiable gourmandise. Planté entre 0.60 et 1m de profondeur, cette plante somptueuse et spectaculaire consomme de grandes quantités de matière organique grâce à son métabolisme très rapide. Placé en situation ensoleillée, il peut rapidement coloniser de grands pans d'étangs tout en le nettoyant de ses boues.
Vous pourrez trouver ICI un article faisant état de son utilisation en pisciculture en Asie.



*L'utilisation de plantes émergées
Les plantes telles que la massette (Typha sp.) et le roseau (Phragmites australis) placées en berge ont une action très efficace, que ce soit par leur voracité en matière organique ou par la qualité du support bactérien qu'elles proposent avec leur rhizosphère. De plus, placées sous forme de filtres dans les queues d'étangs, par exemple, elles opèrent une filtration physique des particules en suspension avant qu'elles n'atteignent les eaux les plus profondes. Néanmoins, leur utilisation doit être contrôlée, car ces espèces peuvent coloniser en un laps de temps record de grandes aires, voire des pièces d'eau complète si la profondeur n'excède pas 40 cm. Il est utile de créer des chenaux profonds pour en limiter la progression. Il est aussi possible des les utiliser sous forme de lagune.
Une autre plante, la sagittaire (Sagittaria sp.), consomme quant à elle de grandes quantités de phosphates contenues aussi dans les boues. Ses bulbes comestibles sont appréciés des anatidés, ragondins, et étaient traditionellement consommés par les amérindiens. Quoiqu'il en soit, les plantes ne sauraient résoudre à elles seules un envasement déjà prononcé, mais peuvent, si elles sont bien employées et contrôlées, en ralentir le processus.




*La création ou le maintien de prairies humides
Ces biotopes ont un rôle majeur dans la qualité des eaux. En effet, les zones humides, zones de pénétration, font office de "tampons" en cas de crues, de débordements, ou de fortes pluies; fixant ainsi les sédiments et effluents organiques issus du ruissellement. L'assèchement de ces zones par drainage, création de fossés, etc. nuit à la pénétration de l'eau dans les nappes ainsi qu'à son "nettoyage" par la percolation ou l'action conjointe des plantes et des micro-organismes. Notons aussi que nombre d'espèces animales et végétales en ont un besoin vital, et qu'elles sont un maillon prépondérant de la biodiversité.
L'entretien des queues d'étangs, par la limitation du développement des saules (bons filtres par ailleurs), par exemple, et le contrôle du niveau des pièces d'eau contribuent à leur efficacité.
 

*La création d'un mouvement d'eau
Si l'on ne bénéficie pas d'un bief ou d'un cours d'eau entretenu, il peut être avantageux de créer un mouvement d'eau, que ce soit par un aérateur inesthétique comme on en trouve dans les truticultures ou bien par l'installation d'une pompe débouchant sur une rivière artificielle et/ou une cascade, dans le but d'oxygéner l'eau. Plus les remous seront importants, mieux l'eau se chargera d'oxygène. On commence à trouver des systèmes utilisant l'énergie solaire ou éolienne qui limiteront le coût annuel de ce genre d'installation. Il est évidemment très intéressant de coupler ce dispositif avec un lagunage à filtration horizontale comportant une bonne épaisseur de graviers ou de pouzzolane (60 à 80 cm environ), qui sera idéalement planté de roseaux et autres plantes hélophytes.





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